Max et Julie à Pouma

Partis deux ans et quelques mois en volontariat de solidarité internationale avec la délégation catholique à la coopération, pour travailler à la gestion de l'hôpital catholique de Pouma, au Cameroun.
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Bonjour à tous,

Et oui nous sommes encore vivants et bien vivants et nous ne voyons pas le temps filer, depuis février, nous avons rarement été seuls à la maison.

Pas de nouvelles depuis février, ce message risque d’être très long mais avec les mois qui passent, êtes-vous encore nombreux à nous lire ? Nous espérons que oui, car si nous n’avons pas donné de nouvelles depuis  4  mois, certains d’entre vous n’en ont pas donné depuis 2 ans.

Le 26 mai, nous avons fêté nos deux ans de mariage. Nous avons parcouru un peu de chemin depuis. 1500 km vers Saint Jacques et notre magnifique aventure de coopération. Merci beaucoup à chacun d’entre vous de nous encourager par votre amitié, votre amour et vos prières.

Après 4 mois d’absence, il n’est pas facile de réécrire, nous commençons le message  et puis le travail de la maison, de l’hôpital et puis les amis…le retour s’annonce et nous goutons chaque jour et chaque moment.

Nous avons eu quelques visites du Tam Tam, l’association qui nous soutient avec qui nous aurons eu tant de désaccord pendant 1 an et demi mais avec qui nous arrivons maintenant à aller dans la même direction. 

Nous avons d’abord eu la visite du Dr Gauthier, tout juste diplômé de médecine, spécialisé en chirurgie du bas ventre. Nous voulions faire une campagne d’opération de la prostate. Bilan 2 opérés. Le résultat numéraire n’est pas fameux voir ridicule pourtant nous avions mis une banderole sur l’axe lourd pour faire de la publicité. A son arrivée nous avions une liste de malades de la prostate. En fait peu de malades de la prostate sont opérables. 1ère incompréhension. Venir se faire opérer de la prostate est une maladie honteuse au Cameroun. 2ième incompréhension. Heureusement, Gauthier avait l’esprit assez ouvert pour ne pas se vexer de cet échec et a échangé avec l’équipe sur place pour apprendre d’eux et les former sur sa spécialité. Une telle rencontre est intéressante pour voir deux univers médicaux opposés : en France des médecins très spécialisés et une organisation hospitalière très procédurière et hiérarchique, au Cameroun des médecins généralistes et une organisation hospitalière qui s’adapte chaque jour selon les malades et le personnel disponible.

Sandrine, infirmière, est revenue passer deux semaines avec nous. Elle se fond dans l’équipe et nous a tranquillisés en étant présente pendant les congés du Dr Vincent.

Yves, responsable technique du Tam Tam est aussi venu 2 semaines. Le but de sa visite était de s’imprégner du travail de Max pour pouvoir faire le relai. Ces deux semaines ont été 2 semaines de débat. Yves voit les choses en grand, a des idées folles pour l’hôpital mais a aussi du recul. Il peut penser sur les 10 prochaines années avec les leçons des 10 ans déjà passés à soutenir l’Hôpital. Nous au contraire, nous connaissons le prix de chaque chose, la difficulté de la réalisation et surtout les besoins locaux. Nous ne sommes donc jamais foncièrement d’accord mais, même si c’est au rythme d’un crabe, c’est l’échange de ces deux extrêmes qui fait avancer l’hôpital. Nous avons du mal à faire oublier à Yves ses rapprochements systématiques avec la France d’il y a 50 ans et son regard toujours extérieur sur les gens et les choses.

Ces visites nous apprennent beaucoup sur nous-mêmes et surtout sur l’esprit des coopérants. Nous sommes préparés au départ et nous réalisons à travers ceux qui ne le sont pas, la chance que nous avons. Notre œil a évidemment le voile de notre culture mais nous voyons directement. La plupart des « étrangers » que nous recevons chez nous ont un regard miroir. Ils sont prêts à tout découvrir, posent des questions sur tout, goûtent à tout… mais ce qu’il vive passe d’abord par le miroir de la culture. Ils ont toujours besoin de  comparer, de remettre dans un contexte familier ou connu… « la machette, c’est comme la faucille au moyen âge » « du temps de ma grand-mère, nous aussi nous faisions comme ça…. » C’est évidemment l’idée bien connue de l’allégorie de la caverne de Platon, nous pensons voir la réalité alors que nous voyons que son ombre.

Cette façon de voir limite tellement l’échange car il n’est alors pas possible. Les deux mondes se regardent sans se comprendre. Parfois certains de nos visiteurs répètent toute la journée, « de toute façon quand ils parlent, je ne comprends rien ». Jamais il ne réalise qu’ils ne sont pas plus compris.

Petite illustration. Un des représentants du Tam Tam s’intéressait à une photo d’un deuil traditionnel. La femme poliment lui explique toute la parure, les symboles de chaque accessoire,… en précisant que les colliers qu’elle portait devait être offert par la belle famille et qu’il symbolisait la richesse. Une fois cette conversation terminée. Il nous prend à part et nous dit « même dans un deuil, ils ne pensent qu’à briller et montrer qu’ils ont de l’argent ». Nous avons eu du mal à comprendre le quiproquo : le mot « richesse » remit dans son univers se traduisait par argent…

Nous ne devenons pas pour autant Camerounais. Même si désormais quand nous buvons un verre chez Cassius avec les Richard et des visiteurs français, nous nous sentons plus proches des Camerounais.

A l’inverse des visites évoquées ci-dessus, nous avons vécus 1 mois avec un autre coopérant, sa femme et son fils de 8 mois. Jean-Michel après ses deux ans de coopé a du attendre quelques mois avant de rentrer dans sa Bretagne natale que son mariage soit validé par le consulat et ainsi obtenir un visa pour sa femme et son fils. Pendant cette période, Jean-Michel est venu faire une formation en électricité domestique à Eric de l’équipe d’entretien.

Cette collocation a été très difficile à vivre car nous avons pris conscience que Français et Camerounais étions très différents dans notre éducation. Prendre des choses dans le frigo qui ne t’appartient pas, descendre prendre du poisson braisé pour soi sans penser au repas des autres, finir tous les plats, manger avec ses doigts tout le temps dans la même assiette que son bébé,…sans s’en apercevoir, toutes les phrases de l’enfance reviennent « partage avec les autres »  « demande aux autres s’ils en veulent » « ne mange pas avec tes doigts » «  tiens toi bien » « et le s’il te plait et merci, c’est pour qui ? ». Nous ne partageons pas les mêmes règles de savoir vivre ensemble ni de politesse. Combien de fois réciproquement, notre façon d’être doit blesser ? Ces règles là nous les avons effleurées mais nous ne nous en imprégnons pas. Nous en rejetons car elles ne sont pas adaptées à ce que nous sommes ou nous adaptées à l’univers qu’elles régissent. La politesse veut que par notre rang (gestionnaires de l’hôpital), nous soyons bien assis, les premiers et mieux servis, … A une réception, chacun a « sa part » de nourriture et de boisson correspondant à son rang et à son soutien pour l’événement.  Chacun pour soi et peu importe pour les derniers. Un jour tu es premier, demain tu seras dernier. Tu acceptes ta place. Inutile de vous dire que l’ordre change rarement.

Au-delà du fait que ce mois ensemble nous a fait comprendre que nous n’étions pas devenus de vrais Camerounais, nous avons vécu les joies de la collocation. C’est un tel bonheur après une dure journée à Douala, de trouver la lumière à la maison et des crêpes toutes chaudes. Nous avons aussi aimé préparer Yolande aux spécialités culinaires françaises en partageant nos chocolats, fromages et saucissons (et oui, ça a du bon les visiteurs français… ). Et puis leurs fils Paul Ethan aura fait ses premiers pas à Pouma dans notre grand salon où il pouvait se lancer de grands défis entre 2 fauteuils.

Nous avons eu la visite de France de Stéphane qui a laissé sa thèse (sujet d’ailleurs très difficile à faire comprendre à nos collègues) pour quelques jours de vacances au Cameroun. Nous avons pu voyager avec lui dans l’ouest du Cameroun.

Dés son atterrissage à Douala, nous avons commencé notre parcours des coopérants. Nous avons eu de nombreuses visites des autres DCC mais nous ne connaissions pas encore leur lieu de mission. Vous allez les découvrir avec nous. Vous pourrez ainsi constater que nous avons des missions assez diversifiées. Faites de la pub pour la DCC !!

Nous avons été visiter le centre d’Emma qui accueille des enfants handicapés mentaux le jour pour les occuper et leur apprendre à se débrouiller un peu dans une société où le handicap reste synonyme de malheur sur la famille. On ne peut pas parler de leur préparer un avenir ou une insertion professionnelle mais sans ce centre, leur prise en charge serait nulle. La famille est aussi sensibilisée. Ce centre est géré par une congrégation qui a donc eu l’investissement au départ pour bien construire. Nous sommes impressionnés. Les idées dans la tête de Max fusent pour reprendre les bonnes idées pour l’hôpital. Ce centre fait aussi hôpital de jour pour des traitements aux maladies mentales. La prise en charge de ces maladies est quasiment nulle dans les hôpitaux classiques comme le notre où les médecins ne connaissent que les mots fou ou hystérique pour ce genre de maladie.

Nous avons profité de ce passage à Douala pour rester calmement une journée chez Emma et Nico sans courir faire nos courses. Nous n’avons rien fait à part profiter d’Emma qui est repartie en France pour accoucher début juillet. Nico la rejoint fin juin. Pourvu que le bébé attende. Max sera le parrain de leur bébé nommé Petit Biloute pendant sa vie de fétus.

Nous sommes ensuite partis vers Dschang chez Emilie et Perrine. Emilie est éducatrice dans un centre d’handicapés physiques et mentaux. Les enfants vivent là. Leur handicap est très lourd et il est difficile d’imaginer quelle vie ils ont quand il rentre au village. Emilie va d’ailleurs essayé de leur rendre visite pendant les congés scolaires pour voir quelle place la famille leur consacre.

Perrine est gestionnaire dans un hôpital presque comme le notre. Ils ont entre autres un centre d’accueil des malades vivants avec le VIH Sida subventionné par une ONG italienne. Tout est gratuit : les médicaments, des examens bien plus approfondis que le programme national, un filtre à eau pour chaque malade, des compléments nutritionnels, du lait en poudre… Alors que tous les laboratoires du Cameroun testent la séropositivité avec des tests sensible aux anticorps du VIH, eux ont des tests sensibles au virus lui-même. Ces tests sont beaucoup plus sûrs car le résultat est direct même si le patient vient d’être contaminé et n’a pas encore fabriqué des anticorps. Le test est gardé à -80°C, il est livré par avion et par différents miracles technologiques, la chaîne du froid semble respecter. Nous sommes à des années lumières de notre hôpital qui est pourtant lui-même déjà bien équipé. Un rêve qui s’appelle le centre Dream. Pour l’instant les malades ne sont pas très nombreux mais quand le VIH sera moins tabou, ils arriveront en masse.

 Nous avons profité de Dschang pour faire gouter à Stéphane le poisson braisé, le piment… faire les marchés, prendre la moto et vivre ensemble le début de la saison des pluies. La pluie de Dschang est glacée. Nous avons redécouvert le froid.

Puis direction Fontem à une centaine de kilomètres de Dschang. La route n’est pas goudronnée. Pour aller voir Elise et Alice, infirmières dans un hôpital magnifique, il faut faire deux heures de piste. Ce voyage fait apprécier l’arrivée. Pour que vous réalisiez, c’est comme une piste de haute montagne, sauf qu’au sol c’est de la boue et que le véhicule aurait du aller à la casse depuis 20 ans. Nous descendons du car en remerciant Dieu d’être encore vivant. Une fois à Fontem, on regarde chaque meuble, chaque lit de l’hôpital,… en se demandant comment ils ont réussi à amener ça ici.

Fontem est un petit paradis. Le paysage ressemble à chez nous mais en très vallonné. Elise est infirmière et Alice sage femme. Elles s’intègrent dans le planning de leurs services comme n’importe quel autre. Leur présence n’est pas indispensable, elle est bénéfique par l’échange qu’elles apportent. Leur venue change le rythme et en même temps ce sont des éléments solides.

Nous avons été faire une balade le long d’un canal de 50 centimètres de large. Lors de la construction de l’hôpital, les Fokolari (mouvement responsable de l’hôpital) ont eu la géniale idée de faire partir un petit canal d’une rivière pour le faire chuter en bas d’une colline afin de produire leur propre énergie. Elles se sont fabriqué leur propre barrage hydraulique à petite échelle.  Vu le coût de l’électricité, l‘économie pour l’hôpital est conséquente ; vu leur situation isolée, il est aussi plus prudent de ne pas compter sur le réseau local.

Puis direction Yaoundé où nous devions retrouver Catherine et Guillaume pour une rencontre « couple ». Un moment de partage sur l’Amour dans le couple animé par un Père Jésuite. Pour nos 2 ans de mariage, nous nous sommes replongés sur le sens de notre engagement. Stéphane était toujours avec nous, cette rencontre lui donnera peut être des idées…

Lors de ce périple de coopérants en coopérants, nous passons beaucoup de temps dans les transports en commun. Stéphane goûte ainsi au rythme, à la chaleur et au paysage du Cameroun. Nous faisons quelques escales touristiques au palais du sultan de Foumban et dans la chefferie Bandjoune. A l’ouest, la culture traditionnelle est encore forte et le chef garde un rôle social. Nous passerons une nuit à Koutaba où une communauté de moines est en train de bâtir son monastère. C’est impressionnant de voir un monastère sortir de terre, dans 500 ans, des pèlerins le visiteront et se recueilleront dans ce lieu qui sera alors témoin d’une époque.

Le lendemain dimanche nous devions rentrer tôt à Pouma. Et puis finalement après un long petit déj, nous sommes restés déjeuner et puis arrivés à la gare routière, l’esprit apaisé par notre semaine de vacances, nous sommes montés dans le premier car qui semblait partir. Qui semblait seulement ! Il tournait en rond à la sortie de la gare routière pour faire croire qu’il partait rempli de faux voyageurs…Nous rentrons donc à Pouma juste pour la tombée de la nuit.

Lundi matin, Jacqueline nous annonce sa démission parce que nous avons refusé de lui prêter de l’argent pour emmener son fils chez un guérisseur. Heureusement que nous rentrons de vacances et que nous sommes détendus car son départ est accompagné d’un long discours sur notre méchanceté. Nous sommes hélas aussi habitués au fait qu’ici un seul non efface tous les oui précédents.

Avec Stéphane, nous nous lançons dans un grand ménage car le mardi soir doivent arriver des coopérants de tout le Cameroun. Le Cameroun se prépare à un long week-end de 5 jours et nous en avons profité pour faire une réunion DCC à la maison.

Ce week-end est surtout pour nous l’occasion de nous rappeler le souvenir d’Anne-France. Anne-France était notre chargée de mission. Quand nous sommes volontaires DCC, nous avons de grands moments de doute sur le sens de notre présence, de notre mission et puis parfois dans les périodes de grand découragement, nous pensons même à rentrer. Là la chargée de mission apparaît, elle nous écoute, nous conseille, donne du recul sur le problème,… Nous avions la chance d’avoir un couple chargé de mission, Jean Christophe et Anne France. Ils vivent en France et ont fait leur coopé il y a 20 ans au Cameroun. Une fois par an ils viennent ensemble ou séparément sur notre lieu de mission. Une visite de 1 ou 2 jours pour échanger avec nous. Anne France est venue en février nous voir. Nous avions réfléchi ensemble sur nos remplaçants et fait un bilan sur notre expérience. Anne France est morte dans un accident de la route en France fin mars. Ce fut un grand choc pour tous les coopérants du Cameroun et nous avions donc besoin de nous retrouver.

Ce week-end a donc été l’occasion de faire un temps de « prière » et de prendre soin les uns des autres pour combler ce vide. La maison était bien animée et calme en même temps, comme une réunion de famille où nous savons que le temps est compté et que la prochaine rencontre ne sera pas pour tout de suite. Une amitié spéciale se crée entre coopérants, hier sur les difficultés de partir, demain sur celles de rentrer.

 

La vie à l’hôpital suit son cours. Nous ne nous sortirons jamais des difficultés mais chaque jour, nous sommes là et l’hôpital continue à jouer son rôle : accueillir tous les malades et leur donner des soins limités mais suffisants pour sauver des vies.

Nous continuons à vivre des moments difficiles que nous ne pensions pas pouvoir accepter mais vivre avec les gens, c’est accepter de tout partager et, les gérer de tout assumer. Un jour peut-être, nous vous raconterons notre visite de la morgue de Pouma, mais est-ce vraiment la peine de tout partager avec vous. Nous avons au moins appris que l’hôpital ne peut pas être pensé seul, il s’inscrit dans tout un cheminement que nous devrions prendre en compte. Prochaine grande étape pour l’hôpital, avoir une morgue pour que même dans la mort, le malade reste Homme et que la famille puisse faire son deuil.

Pour ce début d’année, l’histoire s’est répétée. Comme l’année dernière, fin février, un des deux docteurs a donné sa démission pour faire la médecine du travail, plus tranquille. Il a fait un préavis d’une semaine et nous a laissés un peu démunis. Pour rappel, l’hôpital fonctionne avec 2 médecins et 2 internes en dernière année de médecine. Juste au moment de son départ, nous apprenons l’échec aux examens des deux internes et leur impossibilité de venir. De 4 médecins, nous passons à 1. Dur dur mais nous faisons tout pour que les malades n’en pâtissent pas trop.

Nous avons assez rapidement recruté un second médecin, le Dr Patrick de nationalité congolaise. Il a changé le visage de l’hôpital. Il est plus agité, parle beaucoup, passe un peu trop de temps chez Cassius mais anime aussi l’hôpital. Chirurgien de formation, il va peut être réussir à faire venir une nouvelle clientèle. Et oui, faire vivre l’hôpital, c’est aussi trouver des clients car ceux qui ont des moyens financiers compensent le fait que certains ne paient pas. Désormais, nous avons un binôme de médecin rwandais congolais (Brazzaville). Leur présence même ici nous permet de toucher un peu du doigt les problèmes des Grands Lacs, de la France Afrique,…ils sont porteurs d’une histoire dans laquelle la France joue un grand rôle et où leur rôle à eux reste assez flou. Ils sont maintenant loin de chez eux sans trop d’espoir d’y retourner un jour.

Au niveau des travaux, le bâtiment d’accueil des accidentés est terminé. Il reste maintenant la réhabilitation de toutes les chambres, travail long que nous ne verrons sûrement pas fini. D’autres chantiers ont commencé comme des toilettes derrière la médecine avec un couloir pour y accéder. Max commence un peu partout des chantiers. Des travaux d’une plus petite ampleur améliorent au fur à mesure l’hygiène de l’hôpital. Les lavabos ne se versent plus juste derrière le mur. L’équipe d’entretien creuse des puisards. Nous partirons avec cette seule fierté là. Non pas celle d’avoir rénové l’hôpital, mais que cette rénovation se fasse par l’équipe, avec la notion des priorités, du travail bien fait à moindre coût. Demain Richard est capable de continuer seul.

Pour la gestion, de nombreuses déceptions et désaccords ces derniers mois nous laissent peu optimistes. Un jour peut être le Cameroun aura assez d’élèves diplômés d’école de gestion pour que nous puissions avoir une personne compétence à l’hôpital. Pour l’instant, les critiques et les accusations sur notre gestion sont parfois décourageants. Sur le fonctionnement même de l’hôpital, nous avons atteint un niveau où nous sommes à l’aise. Il y a toujours des liquidités pour payer les salaires, les médicaments, les consommables, l’électricité, … mais ça ne suffit pas, les employés veulent toujours plus de primes, des frais de déplacements plus fort que les frais réels,... Nous vous entendons déjà : « comme ils sont naïfs, c’est partout pareil ». Sauf que nous, nous sommes au Cameroun où les autres hôpitaux payent beaucoup moins leurs employés et les payent quand ils peuvent, que les soins gratuits sont inimaginables…sur certains sujets, même si les mots sont les mêmes, nous ne parlons pas le même langage et nous ne nous comprendrons pas. Les générations de coopérants qui viennent peut-être…

Les réunions de l’Amicale se sont succédé.

En mars chez Marguerite avec le Dr Gauthier. Son salon étant trop petit, nous étions tous dehors. Elle nous avait commandé un gâteau pour qu’il y ait un dessert…un peu d’habitude française sous les étoiles camerounaises.

En avril, chez Marie-Thérèse qui habite en bas de côte. Nous avons emmené Yves qui malgré sa dizaine de voyage au Cameroun entrait pour la première fois dans un cadre amicale, sans protocole. Rien de spécial ce soir là, l’éternel poisson braisé avec le bâton que Yves aura mangé avec la feuille ! Nous ne sommes pas prêts d’oublier cet épisode. C’est un comme manger une pomme de terre au four avec l’alu…

En mai, chez Thérèse qui habite vraiment loin (5km). Nous avons commencé en voiture pour finir à pied car la piste n’était pas praticable. C’était un soir d’orage, nous avons fait la réunion à la bougie. Julie était présidente de séance et a fait la prière. Pour une fois, nous ne sommes pas contenté de faire un notre Père trop récité mais nous avons confié au Seigneur cette soirée pour qu’elle se passe en paix. Le retour a été plus cocace, toujours la même piste mais sous l’orage. Nous marchions presque dans un ruisseau. Comme il fait toujours chaud, la pluie torrentielle n’est pas un problème, pas de rhume à l’horizon.

En juin, chez Christine qui est tout proche de nous. La réunion était un peu agitée, des désaccords et du désordre. Pour la première fois, le Dr Patrick était là et il n’en faisait qu’à sa tête…aucune discipline.

La grande nouvelle de ces derniers mois est la naissance des jumeaux que j’avais vus à 19 semaines à l’échographie. Agathe a accouché comme si de rien n’était. Toute fraiche une heure après. Une fille et un garçon. Ils sont déjà grands et nous sommes très heureux de voir la famille de Richard s’être agrandie aussi vite. Nous avons hâte qu’Agathe revienne de son congés maternité car en attendant nous sommes à la pharmacie.

Un coopérant est devenu Papa.  Sophnapanea est devenue un peu à tous notre filleule. En attendant le mariage de ses parents en juillet, nous avons été à son « baptême » fin mars. Une cérémonie dans une communauté pentecôtiste où sa maman va au culte. Il en existe des centaines au Cameroun, des « vraies églises de Dieu du Cameroun » « Eglise du 7ième ciel… ». Nous n’étions pas prévenus et nous avons été très surpris. Au milieu de cette communauté, nous avons un peu compris l’emprise d’une secte. Des arguments sortis de leur contexte, répétés en boucle, ponctués de chants envoutant…et le tour est joué. Une homélie de deux heures sur l’ennemie à deux têtes Etats-Unis/Vatican où la Russie doit envoyer une bombe atomique sur Rome. Tous les thèmes les plus rocambolesques sont abordés. La scène pourrait faire sourire mais nous ne nous sentons vraiment pas à l’aise au milieu de cette foule qui ne nous regarde pas particulièrement mais qui scande des « amen » quand le pasteur invite à détruire les catholiques. Ce discours était sans aucun doute une provocation de la part du pasteur trop heureux d’avoir l’ennemie sous ses yeux. Nous sortons choqués mais intéressés d’avoir entendu ça, d’avoir vu la facilité de la persuasion. Les extrémistes ne sont pas que musulmans, le discours de ces « chrétiens » valait Al Quaida et les avions du 11 septembre auraient pu être remplis de chrétiens tout aussi extrémistes.

Autre jour, autre Eglise. Julie a été marraine le jour de Pacques. La petite amie de Jacques le laborantin a choisi de recevoir le baptême. Nous ne pouvons pas vraiment dire qu’elle était appelé par Dieu mais au Cameroun, tout le monde a une religion alors à choisir, elle a choisi catholique. Julie a longtemps hésité à s’engager dans ce rôle de marraine tant l’engagement de Marie semblait peu profond. Julie a essayé de lui donner un peu de sens mais le principal intérêt de Marie est de boire de l’eau bénite quand elle a mal au ventre. Le prêtre a imposé à Marie de choisir une marraine baptisée, confirmée et mariée à l’Eglise. Julie était la seule personne que Marie connaissait qui avait ses trois critères.

La préparation a tout de même était l’occasion d’approfondir certains sujets et maintenant Julie est sollicitée par Jacques et Marie pour les conseiller.

La paroisse n’a pas non plus beaucoup préparé Marie. Chez nous, la démarche des baptisés adultes est longue. Ici, il suffit semble t-il de payer le denier du culte. Le débat était plutôt sur le fait que Marie vit avec Jacques sans être marié. Lors du baptême adulte, nous faisons aussi la 1ère communion mais le concubinage interdit l’accès à la communion. Marie sera donc autorisée à communier le jour de son baptême et devra attendre de se marier à l’Eglise pour communier une seconde fois.

L’attention de Marie et Jacques était plus portée sur l’organisation de la fête du lendemain. Cette fête en pleine saison des pluies n’a pas eu le succès souhaité. Tout le monde était bloqué chez soi par la pluie torrentielle. Nous avons quand même été et dansé comme il se doit à l’abri sous la véranda pendant que l’orage grondait.

Depuis 1 mois, nous avons à la maison François, ingénieur à l’ICAM Lille. A la fin de sa 1ière année d’ingénieur, il doit faire un « experiment » de 4 mois. Ce n’est pas un stage professionnel, c’est une occasion de vivre autre chose loin de chez soi. Il s’est donc inséré dans l’équipe d’entretien et cohabite avec nous. Le début n’a pas été facile car il s’imaginait qu’il allait apporter beaucoup et faire de l’humanitaire, il venait en Afrique pour aider. Envoyé par son oncle du Tam-Tam, nous lui avons gentiment dit que le premier principe de l’aide et de répondre à une demande.  Il apporte deux bras en plus dans l’équipe et les choses avancent ainsi plus vite. Il s’intègre très bien sur la colline et nous sommes maintenant plus sereins. Il vit désormais avec…

Depuis 1 semaine et pour un mois, nous avons le 1er groupe d’Hilap, l’association « humanitaire » de l’école d’ingénieur qu’avait faite Max. Ils viennent faire leur stage ouvrier à l’hôpital. Nous leur avions présenté un projet en septembre. Ils ont récolté les fonds pendant l’année scolaire et les voilà, prêts à construire une maison pour accueillir les internes. Ils sont 7 et seront relayés dans un mois par 6 autres. Depuis une semaine, ils bossent avec entrain sous le soleil. Ils portent des parpaings et élèvent des murs. Comme ils sont nombreux, ils donnent un bon coup de main à l’hôpital.

Inutile de vous dire qu’entre nous, François et les 7 Hilap, l’hôpital grouillent de petites fourmies blanches qui s’agitent sous le regard perplexe des Camerounais.

Hier, nous avons fait une longue ballade en forêt genre Koh Lanta. Nous avons marché dans un ruisseau, escaladés des troncs d’arbres, etc… les garçons à la machette faisait le chemin devant nous. Avant de partir, Julie se rassure auprès d’Eric sur la présence de gros serpents. Eric assure qu’il n’y en aura pas. A peine commençons-nous la ballade que Julie en aperçoit un énorme, un mamba vert. Comme dans les films, il fuit en s’enroulant autour d’une branche. Nous continuons moins rassurés et rentrons bien fatigués.

Pour nos visiteurs, l’arbre qui « gâchait » la vue de notre terrasse est enfin tombé. Max aura gagné ce combat long de plus d’un an avec l’aide des autres coopérants, de machettes aiguisées et surtout d’un gros coup de vent pour finir le travail. L’arbre est tombé dans le champ d’Agathe qui s’est quand même rassuré auprès de Max : « Tu ne voulais pas me tuer ? »…

 

Il est temps de vous laisser, de continuer nos journées toujours bien remplies. Levés 6H, préparation du petit déj pour nos 8 enfants, 7h30 prière et compte rendu de la nuit, 13h pause, 18 h fin du travail, pause chez Cassius avec le médecin ou l’équipe d’entretien, préparation du repas pour 10 en ce moment, vaisselle, et jeux…notre vie ressemble à une colonie de vacances avec de bonnes journées de travail au milieu.

Mais qu’est ce que vous faites au travail ?? Max va de chantier en chantier, encadre Richard, gère les stocks de médicaments, négocie avec les fournisseurs, fait le planning du personnel, fait des plans, a des idées, des projets…

Julie compte et recompte l’argent et le budget, accueille les malades et le personnel pour parler « sous », écoute et conseille, pense aux détails auquel il faut bien qu’une personne pense, gère aussi un peu les stocks de médicaments,…

Nos journées sont remplies de petits riens qui occupent tout notre temps et notre esprit. De temps en temps, notre esprit s’égare vers vous et nous recevons un souvenir de vos rires et nous réalisons qu’il est temps que nous rentrions chez nous.

Chez nous ?

Bienvenue à Jean chez Marie Alix.

Mariette, Emma et Isa prenez soin de vous.

Est-ce que des rescapés de la rue Chanzy lisent encore le blog ?

Pendant que nous vous écrivons, nous recevons une phrase en cadeau, nous finissons donc en la partageant avec vous : « dans la sérénité et la confiance est votre force » (Isaïe 30,15)

A bientôt.

Nous vous embrassons.

Max et Julie

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