Bonjour à tous,
Il y a un an, nous nous mariâmes… Cette année (bien qu’ayant un jour de plus), est passée à toute allure. Nous le voulions, nous avons pu le faire. Le mariage a été une embarcation commune. Julie n’est pas montée dans ma barque, je ne l’ai pas accostée : nous avons choisi ensemble de construire notre nouveau bateau et le jour du mariage, nous avons mis la voile. Il nous reste à nous habituer au navire, guetter les bourrasques, les vagues et les tempêtes : nous sommes prêts.
Le pèlerinage à Compostelle, c’était le ciel bleu et le vent dans le dos (avec un peu d’effort, nous avons même pu mettre le spi à la fin).
La coopération, c’est les giboulées ou l’alternance perpétuelle entre les tempêtes et le soleil : fatiguant.
Depuis plus de 8 mois, nous naviguons avec le personnel de l’hôpital catholique de Pouma. Comme ils sont habitués au moteur, nous avons du mal à leur expliquer le principe de la voile…Y arriverons-nous en deux ans ?
Nous ne vous avons pas écris depuis longtemps mais peu d’événements ressortent. Plus le temps passe, plus nos journées deviennent notre simple quotidien. Que s’est il passé d’exceptionnels ce mois ci ? La vie a continué de se dérouler.
Depuis quelques semaines nous guettions la naissance du second fils d’Eric, c'est-à-dire la naissance du futur petit frère de Miguel que vous aviez vu en photo à Noel quand nous avions été à son baptême. Tous les jours, nous voyons passé Stéphanie avec son gros ventre et Eric déjà fier. Je commençais même à m’inquiéter que l’enfant ne veuille pas sortir et qu’il faille provoquer l’accouchement. D’attente en fausse alerte, c’est évidemment le seul matin où nous avons été absents au compte rendu que l’annonce de la naissance à la maternité a été annoncée. C’est bien un garçon, tout chevelu de 3kg 600. Il est énorme par rapport aux autres bébés. Il arrive chouchouté. C’est une tradition ici : le père doit offrir un trousseau à la mère avec tous les vêtements du bébé, les biberons, etc…Nous sommes un peu impliqués dans cet accouchement car Eric nous a sollicités pour l’aider à préparer l’arrivée du bébé par un prêt. C’est une chose étrange ici, quelque soit son niveau financier, les traditions sont respectées. En plus du trousseau, le bébé doit naître près de sa grand-mère maternelle. La femme d’Eric devait donc se rendre à Douala. J’avais beaucoup insisté pour qu’elle accouche ici pour diviser par deux les frais de la naissance. En plus de l’attente impatiente du bébé, j’avais une petite appréhension, me sentant responsable s’il y avait des complications. Elle a fait l’accouchement le plus classique possible. Il est déjà né depuis plus d’une semaine et maintenant nous attendons tous les jours l’annonce du prénom. 9 mois pour choisir, le papa choisit le nom de famille, la mère le prénom. Madame n’arrive pas à se décider. Nous vous l’annoncerons donc au prochain message.
Une naissance joyeuse, un être qui s’éteint. [-]. C’est à travers son regard que j’ai appris à reconnaître celui du sidéen qui ne croit pas dans le traitement. Le sien a été cours, 1 mois et c’est déjà fini. De France, nous entendons les chiffres, nous portons notre ruban rouge et nous savons tous quel est ce virus. Ici, il semble si puissant, il a tant de visage. En 2 mois Roger notre médecin volontaire retraité a annoncé un résultat positif par jour. Un mal invisible qui ne part qu’avec la mort. Nous avons maintenant les ARV. Un moment de répits mais une nouvelle façon de vivre. C’est difficile de rester battant sur cette maladie, nous sentons qu’elle se répand et nous ne savons pas quoi faire. Nous vendons des préservatifs, nous faisons le dépistage notamment des femmes enceintes pour soigner les enfants dés la naissance et nous distribuons gratuitement les médicaments. Mais nous faisons aussi beaucoup de transfusion et si le sang du donneur a été contaminé il y a moins de 3 mois, nous ne pouvons le savoir avant le don. Les mentalités changent un peu mais il est déjà tard, la génération actuelle est déjà touchée. Officiellement 5% de la population, des ONG parlent de 15%. Il est encore difficile de dire qui des Africains ou du Sida aura le dernier mot ? [-]
La vie à l’hôpital suit son cours. Beaucoup de haut mais aussi de bas. Le personnel avec la nouvelle équipe dirigeante change un peu. Ils sont plus écoutés et plus en confiance. L’ambiance de travail est donc meilleure et détendue. Les malades doivent se sentir plus accueillie. Mais en étant à l’aise, certaines personnes revendiquent toujours plus d’avantages. Et finalement maintenant que tout se passe mieux, les écarts et les erreurs sont plus décevants et décourageants. Nous croyons avoir fait un grand pas dans l’organisation et l’implication au travail et on réalise que nous ne sommes encore qu’au début. Il faudra répéter encore et encore. Dans l’ensemble, nous allons tous dans la même direction. Nous croyons tous à l’avenir de l’hôpital. Financièrement il y a beaucoup de travail pour être viable. Je ne crois pas que nous connaitrons ce moment.
Le chantier de Max pousse. Ils ont monté les fermes vendredi soir et le bâtiment prend forme. Il y a encore à faire mais l’espace est déjà pris. L’avantage dans la construction, c’est que les efforts donnent un résultat bien visible. L’équipe de l’hôpital fera ensuite elle-même toutes les finitions qui ne sont pas des moindres : la plomberie, l’électricité, la peinture et la menuiserie. Nous espérons que tout soit fini pour fin juin.
Comme tous les mois, nous avons eu une réunion avec l’amicale. Rien de particulier. Max était président de séance. C'est-à-dire que c’est lui qui dit « nous pouvons passer au point 2 ». Il ne s’est rien passé de particulier sauf que nous avions l’impression, un peu fausse bien sûr d’être vraiment entre amis. A la fin de la soirée, nous avons quand même envisagés que nous pourrions créer un collectif pour ouvrir un commerce. Une douce utopie dont notre colline a bien besoin dans un village où personne ne fait rien sauf se plaindre qu’il ne se passe rien.
Comme événement, nous avons tout de même eu le 1er mai. C’est une journée qui demande beaucoup d’organisation car nous partons tous ensemble pour défiler en ligne à Edéa devant le préfet. Pour l’occasion, nous achetons des polos et nous arrosons l’inspection du travail pour les remercier d’un tel événement. C’est donc une fête qui coûte très cher à l’hôpital d’autant plus que chaque employé a droit à une bonne enveloppe pour payer le voyage, la nourriture et la boisson. Le syndicat de l’hôpital avait tout bien organisé entre « camarades ». Ils avaient loué un bus et réservé dans un restaurant. Comme tout le monde est syndiqué, il ne me restait plus que 5 non syndiqués à gérer. Tâche facile sauf que la veille ; les syndiqués ont commencé à revendiquer que j’aurais quand même du organiser pour eux. A l’heure actuelle je n’ai toujours pas compris le problème. Je crois que j’aurais du moi aussi louer un bus dans lequel ils ne seraient pas montés et réserver un restaurant où personne ne saurait venu. La veille, ils ont donc réussi à bien m’énerver. Le lendemain, j’ai mis mon égo dans ma poche pour faire comme si de rien était. Les syndiqués sont partis dans leur bus, nous avons suivi avec le 4x4 de l’hôpital. Arrivés à Edéa, nous avons distribué des tracts publicitaires. Je n’avais pas l’impression que nous innovions mais les gens voulaient absolument leur bout de papier. Ensuite après avoir cramé deux heures en plein soleil, nous avons défilé comme des militaires devant le préfet et toute une tribune de gens sans doute important mais inconnus. Le passage a duré deux minutes. J’ai beaucoup rigolé tant je nous trouvais ridicules. Je me suis faite un peu disputer « voyons Max dis à Julie qu’on ne rit pas quand on défile ». Après avoir ensuite défilés en voiture, nous sommes tous allés dans un petit restaurant, dans une cours en faite. Nous avons passé un moment très agréable avec une grande partie du personnel. Malgré leur revendication de la veille, ils nous ont invité ce qui est un événement dont nous mesurons tout le sens et nous étions très honorés. Max a pu gouter le varan tandis que je suis restée sur le traditionnel porc épic. Nous sommes rentrés les premiers après avoir cuits toute la journée. Je suis rentrée rouge écarlate. Toute la journée nous étions avec Roger qui malgré ses 76 ans a joué le jeu. Découpage des tracts à 9H, distribution, défilé et déjeuner.
Après deux mois avec nous, Roger est retourné en France samedi dernier. Avant son départ, pour le remercier nous l’avons emmené dans un joli restaurant à Douala. Nous avons mangé en terrasse au bord de la mer. Nous avions l’air de riches expatriés mais cette coupure dans notre quotidien nous a fait beaucoup de bien. Le capitaine grillé n’avait rien avoir avec notre maquereau sur feu de bois de Pouma…et pourtant nous adorons le poisson des mamans cuits devant l’hôpital pour les samedi midi ou les dimanche soir où nous n’avons pas le courage de cuisiner. Nous avons donc laissé Roger à l’aéroport avec un pincement au cœur. Il a beaucoup fait à l’hôpital pour sensibiliser aux deux produits qui sauveront un peu l’Afrique : le préservatif et la moustiquaire. Son départ était assez émouvant parce qu’après avoir fait déjà 25 pays à 76 ans, cette mission était sans doute sa dernière. Pour nous, même si nous adorions Roger, c’est enfin l’occasion de se retrouver seuls. Depuis janvier, nous n’avons jamais vécu seuls chez nous.
Nous profitons immédiatement de cette nouvelle liberté. A peine sortis de l’aéroport, nous partons chez Thomas pour passer une courte nuit. Nous prenons le train à 7h pour Makak, village où habite Stéphane le coopérant que vous avez déjà vu plusieurs fois en photos. Il est prof d’informatique dans un collège-lycée. Son village a le gros avantage d’être sur la ligne de chemin de fer qui relie Douala à Yaoundé. Le train ressemble à un RER de banlieue qui roule en plein milieu de la forêt. C’est un voyage très long mais magnifique. Comme il n’y a qu’une voie nous devons nous arrêter dans les gares pour laisser passer le train qui arrive en face. Dans chaque gare, des enfants et des femmes montent dans le train pour nous vendre à boire et à manger. A l’allée nous avons mis plus de 7h car notre locomotive est tombée en panne à quelques kilomètres de l’arrivée. Il a fallu en faire venir une autre pour nous tracter.
Une fois chez Stéphane, nous avons commencé par gouter ses talents culinaires avec un poisson cuisiné à la camerounaise. Une sauce noire à base d’écorce et de plantes diverses. Nous sommes restés très vite coincé chez lui bloqués par un énorme orage puis par une coupure de courant. Nous avons été diné le soir en ville à la lampe tempête. Le lendemain, nous avons visité le collège et suivi une conférence de Jérôme coopérant à Yaoundé. Il a fait un exposé au terminal sur leur orientation. Horrible ! On se croyait en France. Le système est la pâle copie du notre sans les moyens ni les emplois à la sortie. Nous avons ensuite passé l’après midi à préparer notre déjeuner qui s’est naturellement transformé en diner. Avec la magie du micro onde, ses sauces toutes faites, des légumes prés découpés, etc..Nous avons tendance à oublier qu’un bon repas se mérite. Ici nous passons beaucoup de temps à cuisiner. Après quelques jeux de cartes classiques, nous nous sommes fait une bonne bouffée de France en regardant « bienvenus chez les Chtis ». Nous ne vivions pas la Copé que nous imaginions mais nous sommes forcés de constater que nous avons besoin de temps en temps de voir des gens qui parlent le même langage que nous, qui viennent du même pays mais surtout qui croient en la coopération. Nous sentons bien le poids de notre propre culture lorsque nous nous immergeons dans une autre.
Le lendemain, le train partait vers 9H. Nous sommes nombreux à embarquer. Nous trouvons des places au bout du train, dans le dernier wagon. C’est trop agréable car la porte du fond est ouverte et nous pouvons admirer le paysage avec l’air en plein visage. Comme nous sommes arrivés tôt à Douala. Nous avons pu continuer un rythme de week-end. Verre en terrasse puis marche d’une heure en traversant Douala jusqu’au logement d’autres coopérants. Nous avons été dinés à l’Escale, restaurant traditionnel des coopérants où nous mangeons du poisson braisé. Une fois sur deux je suis malade, c’est la mauvaise fois. Tant pis, ça ira mieux la prochaine fois …
Mercredi nous reprenons notre rythme effréné des courses à Douala. Nous rencontrons Bertrand un coopérant qui est parti avec un autre organisme Fidesco (nous c’est la DCC). Il travaille dans un collège technique et nous réfléchissons avec lui pour faire une formation individualisée à Eric. Nous avons bien échangé avec lui, il avait par son expérience une pensée réfléchie et il dégageait une force particulière sans doute liée à sa foi. Il a eu la gentillesse de nous dire que nous étions dans la meilleure période « 8 mois, on commence à voir les fruits de son travail et à se sentir africain ». Et oui c’est vrai mais apparemment ça ne va pas durer…
Au retour nous nous arrêtons à Edéa. Nous allons voir Joseph qui monte un projet de foyer pour les jeunes sortis de prison. Nous l’avions rencontré en Janvier et lui avions présenté la DCC. Depuis il a travaillé son projet avec eux et un coopérant arrive en Septembre. Dans quelques mois nous accueillons donc Emerick à 50 km de chez nous. Au passage Joseph qui arrivait de France nous a ramené du fromage. Sans aucun rapport avec le fromage, nous lui avons aussi récupéré Anne France, chargée de mission DCC qui ouvre des missions sur place et voit ensuite si tout se passe bien. Normalement ce n’est pas elle qui nous suit mais ça nous a fait beaucoup de bien de faire le point avec elle. Il y a plus d’un an, nous décidions de tout quitter pour se mettre au service d’une population locale. Sommes-nous vraiment au service de l’hôpital ? Sommes-nous une réponse à un besoin local ou à celui d’une ONG française ?
Nous faisons donc notre chemin. Nous avons une vie que nous n’étions pas venu chercher. Nous pensions vivre avec des Africains mais nous vivons surtout à l’Africaine. Max passe des heures à défricher la brousse, il manie la machette et la houe. Nous nous lavons quand il y a de l’eau mais les coupures ne durent jamais longtemps (elles ont juste l’art d’arriver les soirs où nous nous sentons bien poisseux). Je passe des heures à chasser les fourmis du sucre. Je cuisine avec patience. Nous nous faisons dévorer par les moustiques. Nous avons la porte toujours ouverte pour les enfants qui passent. Nous saluons nos voisins, échangeons des mots aimables. Nous nous inquiétons de la santé des uns et des autres. Finalement nous sommes souvent que tous les deux. En partant en coopération, nous pensions mettre en suspens notre couple pour se mettre au service des autres. Nous n’avons jamais été autant complices et proches dans un monde où seul l’autre nous comprend. La famille et les amis sont trop loin. Après un an de mariage, nous sommes partis pour une vie intense. Avec le recul, ce que nous pensions trouver en Afrique, cette philosophie de vie qui nous attirait, nous l’avions déjà trouvé le jour de notre mariage dans l’Evangile de Saint Matthieu « A chaque jour suffit sa peine ».
Bonne arrivée sur Terre à Paul et Marie Amélie.
En ce 25 mai nous avons une pensée particulière pour ceux qui était avec nous la veille de notre mariage pour les « derniers » préparatifs. Un regard plein d’amitié pour nos 10 témoins qui nous accompagnent encore chaque jour. Et un eternel merci pour tous ceux qui étaient à nos côtés et qui pour la plupart nous n’avons pas vu depuis un an.
A Pauline et Arnaud. Avec Anne France, nous nous sommes remémorés Chevilly. Que le temps passe vite. Nous espérons que vous êtes toujours aussi heureux en Centrafrique et nous avons hâte d’échanger avec vous au week end de retour ou avant si l’un de nous a le courage de faire un crochet dans le pays voisin.
A Mathieu, nous continuons chaque jour ton travail. Il parait que toi tu avais organisé un excellent 1 er mai !!!
A bientôt. Nous vous embrassons.
Max et Julie
Les photos du moi de mai: